Qu’est-ce que le TURPE ?
Le TURPE est le tarif d’utilisation des réseaux publics d’électricité. Tous les utilisateurs des réseaux de transport et de distribution le paient : consommateurs, producteurs et fournisseurs 3. Il couvre les coûts d’un gestionnaire de réseau efficace, y compris la rémunération de ses investissements 3.
Sur une facture d’électricité, le TURPE forme la part « acheminement ». Il se distingue du prix de l’énergie, fixé par le fournisseur. Les taxes et contributions (CTA, accise sur l’électricité, TVA) s’y ajoutent 3.
Un site raccordé au réseau de distribution paie le TURPE HTA-BT. Ce tarif intègre le coût du réseau de transport : Enedis paie à RTE le tarif de transport au titre des soutirages de ses clients 1 2.
Le TURPE obéit à quatre règles 3 :
- péréquation : le tarif est identique sur l’ensemble du territoire national ;
- timbre-poste : il ne dépend pas de la distance entre le site producteur et le site consommateur ;
- puissance et énergie : il dépend du domaine de tension, de la puissance souscrite et des flux mesurés au point de connexion ;
- horosaisonnalité : les prix varient selon la saison, le jour et l’heure.
Qui fixe le TURPE et qui le perçoit ?
Le code de l’énergie (articles L. 341-2 à L. 341-4) donne compétence à la Commission de régulation de l’énergie (CRE) pour fixer le TURPE. Elle arrête un tarif pour une période d’environ quatre ans, après consultation publique 1.
Le TURPE 6 HTA-BT est entré en vigueur le 1er août 2021 5. Le TURPE 7 HTA-BT, fixé par la délibération n° 2025-78 du 13 mars 2025, lui a succédé le 1er août 2025 1.
Enedis, gestionnaire du réseau de distribution, dessert 39,6 millions de clients et exploite 1,4 million de kilomètres de lignes basse et moyenne tension 3.
Le professionnel ne règle pas toujours le TURPE directement à Enedis. Cela dépend de son contrat 3 :
- en contrat unique, le fournisseur regroupe dans un seul contrat la fourniture et l’accès au réseau ;
- en contrat d’accès au réseau de distribution (CARD), le client signe directement avec Enedis, en plus de son contrat de fourniture.
En contrat unique, le fournisseur gère le client pour le compte du gestionnaire de réseau. Il perçoit pour cela le terme Rf, inclus dans la composante de gestion 3.
Comment le TURPE est-il calculé pour un professionnel ?
Quel segment pour quel site ?
Enedis classe les points de connexion en segments, selon le raccordement et le contrat 4 :
| Segment | Raccordement | Contrat |
|---|---|---|
| C5 | Basse tension (BT) ≤ 36 kVA | Contrat unique |
| C4 | BT > 36 kVA | Contrat unique |
| C3 | Moyenne tension (HTA), courbe de charge profilée | Contrat unique |
| C2 | HTA, courbe de charge mesurée | Contrat unique |
| C1 | — | CARD |
Quelles composantes ?
Le TURPE annuel d’un point de connexion est la somme de plusieurs composantes 3. Trois concernent tous les professionnels :
- la composante annuelle de gestion (CG) couvre la gestion des dossiers, l’accueil, la facturation et le recouvrement. C’est un montant fixe par point de connexion. Il varie selon le domaine de tension et le contrat (CARD ou contrat unique) ;
- la composante annuelle de comptage (CC) couvre la fourniture, la pose et l’entretien des compteurs, ainsi que la relève et la transmission des données. Elle dépend du niveau de tension ;
- la composante annuelle de soutirage (CS) reflète le coût de réseau que génère l’utilisateur. Elle additionne une part puissance (un coefficient appliqué à la puissance souscrite) et une part énergie (un coefficient appliqué aux kWh soutirés à chaque plage temporelle).
D’autres composantes s’ajoutent selon les cas : dépassements de puissance (CMDPS), énergie réactive (CER), alimentations complémentaires et de secours (CACS), regroupement de points de connexion (CR) 3.
Quelle puissance souscrite et quelle option ?
Pour sa composante de soutirage, l’utilisateur choisit une option tarifaire et une ou plusieurs puissances souscrites 3 :
- BT ≤ 36 kVA (C5) : une seule puissance souscrite, en kVA. Les options courantes sont CU 4, MU 4 (quatre plages temporelles) et LU (sans différenciation temporelle) ;
- BT > 36 kVA (C4) : une puissance par plage temporelle, par multiples de 1 kVA, sur quatre plages (heures pleines et heures creuses de saison haute et de saison basse). Deux options : courte utilisation (CU) ou longue utilisation (LU) ;
- HTA (C3, C2) : une puissance par plage, par multiples de 1 kW, sur cinq plages dont une plage de pointe. Quatre formules : CU ou LU, avec pointe fixe ou pointe mobile.
En BT > 36 kVA et en HTA, la puissance souscrite d’une plage doit être au moins égale à celle de la plage précédente 3. La saison haute s’étend actuellement de novembre à mars 3.
Le choix de l’option compte. Avec les grilles du TURPE 7, la CRE estime que l’option courte utilisation serait la plus intéressante pour 40 % des clients HTA, 83 % des clients BT > 36 kVA et 78 % des clients BT ≤ 36 kVA 1.
Que coûtent les dépassements de puissance et l’énergie réactive ?
Les dépassements de puissance
Un dépassement de la puissance souscrite est facturé chaque mois par la composante mensuelle des dépassements de puissance souscrite (CMDPS) 3.
- En BT > 36 kVA, la CMDPS se calcule par plage temporelle à partir de la durée de dépassement, en heures. Depuis le 1er août 2026, elle vaut 12,79 € par heure de dépassement 2. Un plafonnement peut être demandé au gestionnaire de réseau quand la CMDPS du mois dépasse à la fois 30 % de la facture TURPE mensuelle et 25 fois le prix de la puissance qui aurait évité le dépassement 3.
- En HTA, la CMDPS dépend de l’ampleur des dépassements, mesurés en kW par pas de 10 minutes, pondérée par le coefficient de puissance de chaque plage et un coefficient de 0,04 1. La CRE l’a calibrée pour qu’au-delà de 100 heures de dépassement en ruban, il devienne plus intéressant de souscrire de la puissance supplémentaire 1.
Les dépassements sont sans objet lorsque la puissance souscrite est contrôlée par un disjoncteur ou par un compteur évolué 3.
L’énergie réactive
Depuis le TURPE 7, seuls les sites raccordés en HTA paient l’énergie réactive. En BT > 36 kVA, elle n’est plus facturée depuis le 1er août 2025 3.
En HTA, le gestionnaire de réseau fournit gratuitement l’énergie réactive soutirée jusqu’à un rapport tg φ de 0,4, soit 40 % de l’énergie active, pendant les heures de pointe et les heures pleines de saison haute 3. Au-delà, elle est facturée 2,51 c€/kVAr.h depuis le 1er août 2026 2. En heures creuses de saison basse, un site consommateur qui injecte de l’énergie réactive au-delà d’un rapport tg φ de 0,6 la paie 2,46 c€/kVAr.h 2.
Comment le TURPE a-t-il évolué ?
La grille du TURPE HTA-BT évolue chaque 1er août selon une formule fixée par la CRE. Elle additionne l’inflation, un facteur d’évolution annuel et un coefficient k, qui apure le compte de régularisation des charges et des produits (CRCP) 2. Le coefficient k est plafonné à +/- 3 % sous le TURPE 7, contre +/- 2 % sous le TURPE 6 1.
Plusieurs mouvements ont dérogé au calendrier habituel :
- le mouvement prévu au 1er août 2024 est entré en vigueur le 1er novembre 2024 8 9 ;
- la CRE a décidé une hausse exceptionnelle du TURPE 6 au 1er février 2025, pour apurer par anticipation le solde du CRCP 10 ;
- au 1er août 2025, l’entrée en vigueur du TURPE 7 s’est traduite par une baisse, liée au transfert du financement du Facé du TURPE vers le budget de l’État 1 ;
- au 1er août 2026, la hausse s’explique d’abord par une année 2025 plus chaude que prévu, qui a réduit les recettes d’Enedis 2.
Le tableau en fin de page reprend l’évolution moyenne de chaque mouvement depuis le 1er août 2021 5 6 7.
Peut-on réduire son TURPE ?
Le TURPE ne se négocie pas : c’est un tarif régulé, identique pour tous. Un professionnel peut en revanche agir sur les paramètres de son contrat d’acheminement.
- Ajuster la puissance souscrite. Trop élevée, elle alourdit la part puissance ; trop basse, elle expose aux dépassements. L’historique des puissances appelées sert de base.
- Choisir l’option adaptée. L’arbitrage entre courte et longue utilisation dépend de la durée d’utilisation de la puissance. Un site peut changer d’option, en principe après 12 mois consécutifs 3.
- Décaler les consommations. Les heures creuses coûtent moins cher que les heures pleines. En hiver, sous le TURPE 7, le rapport entre ces deux tarifs atteint 1,64 en BT > 36 kVA et 1,88 en BT ≤ 36 kVA 1.
- Maîtriser l’énergie réactive. En HTA, un site qui reste sous le seuil de tg φ ne paie pas de composante d’énergie réactive.
Ces leviers sont détaillés dans notre guide comment réduire sa facture d’énergie.
Et pour les particuliers ? Les particuliers relèvent du segment BT ≤ 36 kVA, qui regroupe résidentiels et petits professionnels 1. Leur facture intègre aussi le TURPE, y compris au tarif réglementé de vente. En France métropolitaine continentale, la CRE estime que l’évolution du TURPE au 1er août 2026 pèse pour 1,31 % HT en moyenne dans le mouvement des tarifs réglementés Bleus 11.